Site Overlay

Le tatouage japonais traditionnel : un art ancestral tabou

Que savez-vous du tatouage japonais traditionnel ? L’irezumi est un art ancestral dont l’esthétique est immédiatement reconnaissable. Apprécié par les étrangers, il est copié par des tatoueurs partout dans le monde. Malgré cela, ce type de tattoo reste un tabou pour les Japonais car de nombreux a priori subsistent à son propos. Découvrez dès maintenant la signification et la symbolique si particulières de l’irezumi, le tatouage traditionnel du Japon.

Tatouage traditionnel japonais sur tout le bras et en couleur

Qu’est-ce que le tatouage irezumi ?

Les différents types de tatouage japonais

Différents types de tatouages cohabitent au Japon. Il convient donc de les nommer de manière précise afin de ne pas les confondre.

L’irezumi désigne le tatouage traditionnel japonais. Il s’agit d’un style et d’une technique bien spécifiques. Plus qu’un simple ornement, c’est en fait une pièce complexe qui couvre le plus souvent une large partie du corps. Il peut comporter des motifs de la faune et de la flore : fleurs de cerisier ou de pivoine, serpents, tigres, etc. Des figures religieuses et mythologiques peuvent aussi apparaître, tels que le dragon ou les masques de démon. Chaque motif a une signification qui lui est propre.

L’irezumi peut notamment être réalisé sur un dos entier, allant de la nuque jusqu’au bas des reins. On en trouve aussi sur la longueur complète de la jambe, en partant du haut de la hanche jusqu’à la cheville. De manière plus générale, il s’agit d’une pièce importante qui va véritablement couvrir toute une partie du corps, et non d’un motif isolé. À terme, l’ensemble peut constituer un tatouage intégral. Cela peut alors prendre plusieurs années avant que la réalisation ne soit terminée car la technique originelle nécessite un travail sans machine. Son exécution suppose l’utilisation d’aiguilles, enfoncées manuellement par l’artiste tatoueur. C’est la technique tebori, qui signifie « gravé à la main ».Pour parler du tatouage de manière générale, peu importe la taille ou la technique, on utilisera le mot horimono. C’est le terme qui permet de désigner tout style de tattoo japonais, qu’il soit réalisé à la main ou non. Pour les tatouages de petite envergure du type « fleur de cerisier sur le poignet », on ne peut donc pas utiliser le terme irezumi ! On parlera alors de horimono.

tatouer le bras de son client

La symbolique de l’irezumi

L’irezumi est généralement mal vu des Japonais car sa symbolique est assez particulière. Mais pourquoi tant de haine ? Il ne s’agit pas seulement d’un tatouage de grande taille. Ce désamour est en fait lié au style de vie de ceux qui se le faisaient tatouer initialement. 

Traditionnellement, deux tranches bien spécifiques de la population étaient concernées. C’était avant tout la marque des yakuzas, la mafia japonaise. Il n’est pas nouveau d’orner son corps pour montrer un lien avec un gang ou autre organisation criminelle. Néanmoins, l’irezumi est particulièrement ostentatoire. Il émane d’une volonté affichée d’indiquer son appartenance mafieuse. Il existe d’ailleurs de nombreuses estampes représentant des Japonais tatoués d’un irezumi avec un sabre à la main, ou même dans la bouche. Impressionnant certes, mais pas idéal pour se faire des amis. Effectivement, il est rarement bien vu d’afficher une affiliation avec le crime organisé ! D’autre part, un irezumi pouvait indiquer l’appartenance aux classes sociales les moins élevées. Porté le plus souvent par des hommes, il pouvait être le symbole d’un machisme assumé. Certains messieurs souhaitaient afficher leur supériorité supposée aux femmes en adoptant ce style, alors perçu comme viril. Loin d’être sexy aux yeux des Japonais, ce type de tatouage peut donc encore être vu comme un emblème de misogynie et de machisme.

mafieux japonais avec lunettes noires

Pourquoi le tatouage reste tabou au Japon ?

L’évolution de la signification des tatouages japonais

Se faire tatouer au Japon n’a pas toujours été signe de mauvaise vie. Hormis l’irezumi, il existe d’ailleurs de nombreux autres styles dans le pays. L’histoire de cet art y est très ancienne. La signification des tatouages japonais a ainsi beaucoup évolué au fil des siècles.

Les 1res traces de cette pratique datent de -10 000 av. J-C. Elles ont été retrouvées sur des figurines peintes. Hommes et femmes portaient le tatouage pour montrer notamment leur appartenance à un clan ou un métier. En fonction du motif, cela supposait donner de la force, protéger, ou bien élever l’esprit du tatoué. Au 17e siècle, sous l’ère Edo, on trouve notamment l’irebokuro. C’est un tattoo destiné aux geishas et aux amoureux, hommes ou femmes. Il représente la trace de l’amour et est souvent assez discret. Cela peut prendre la forme d’un simple point. Celui-ci marque alors l’endroit où se touchent les pouces quand deux personnes se donnent la main. Différentes catégories de la population portaient également le tatouage irezumi, dont les pompiers. Ils pouvaient arborer fièrement des carpes koï pour se donner du courage, ou bien des dragons d’eau censés les protéger des flammes. Il existe encore bien d’autres significations, notamment en fonction des régions et de la catégorie sociale des tatoués.  

Au 18e siècle, le tatouage prend un tournant. Il peut être imposé lors d’un jugement au pénal. C’est une forme de punition qui se veut dissuasive, car immédiatement reconnaissable. En effet, difficile de se réinsérer discrètement dans la société lorsqu’un tatouage affiche votre passé criminel ! Dès 1848, le tatouage est interdit. Il devient alors tout bonnement illégal de se faire tatouer au Japon, même si la pratique perdure officieusement.

Une geisha dans la rue avec maquillage traditionnel

L’exclusion des tatoués au Japon

Il a fallu attendre 1945 pour que la pratique soit de nouveau légalisée. Depuis lors, l’exclusion des tatoués est assez répandue au Japon. En effet, leur image s’est fortement détériorée. Le tatouage n’est plus signe de distinction sociale ou d’art ancestral mais de mauvaise vie. 

Néanmoins, un irezumi moderne indique plutôt une adhésion à un groupe ou un style de vie. Il peut notamment être le symbole d’une appartenance nationaliste. Encore maintenant, certains bains publics appliquent pourtant un principe de précaution et refusent leur entrée aux porteurs d’un tatouage irezumi. Il existe même des salles de sport et des hôtels où le tatouage reste proscrit. Encore aujourd’hui, il demeure associé aux yakuzas pour bon nombre de Japonais. Toutefois, depuis les années 1980, avec l’ouverture du Japon au mode de vie occidental, l’image de ce style tend à évoluer. Difficile de ne pas croiser au moins une fois une carpe koï, un dragon japonais ou une fleur de pivoine sur un occidental. Ces tatouages sont réalisés le plus souvent dans le dos, sur les bras et jambes, ou le torse. Il est cependant rare d’apercevoir ouvertement un irezumi sur un Japonais. C’est encore plus vrai lorsque les motifs couvrent le corps en totalité, d’autant que la technique originelle est très chronophage. Elle est aussi assez onéreuse. Traditionnellement réalisé à la main, cet art requiert un savoir-faire et un apprentissage longs auprès d’un maître expérimenté.

tatouage japonais de dragon

Le retour du tatouage en tendance

Grâce à l’accueil de certains événements mondiaux (comme la coupe du monde de rugby en 2019), le tatouage revient progressivement en tendance au Japon. Les étrangers étant de plus en plus tatoués, les Japonais commencent à le percevoir différemment et à s’y habituer. Il est réintroduit aujourd’hui avec des styles nouveaux. L’avènement des jeux vidéo et des mangas aide à populariser le phénomène car des jeunes utilisent maintenant le tatouage pour illustrer leurs passions. Cependant, la symbolique ancestrale s’efface parfois au profit de l’esthétisme. Si le tatouage traditionnel reste incontournable pour les puristes, les techniques modernes prennent souvent le pas sur la tradition. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », il semblerait donc que ce soit le cas pour le tatouage au Japon.

tatoueur en train de dessiner
Rédigé par :
Elise Lechanoine
https://www.facebook.com/Lapatteduweb
https://www.linkedin.com/in/elise-lechanoine-la-patte-du-web

Partagez vos découvertes

Author: JapArt

Steen est autrice, rédactrice web SEO et amoureuse des arts. Vivant à Tokyo elle espère faire découvrir aux français les multiples facettes et secrets de l'art nippon.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *