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L’Ikebana : quelle philosophie se cache derrière cet art floral ancestral ?

L’Ikebana serait-il bien plus qu’une simple composition florale ? Cet art ancestral japonais ne consiste pas uniquement à assembler de manière minutieuse et délicate un bouquet de feuilles, de branches et de fleurs. Il s’agit en réalité d’une véritable discipline philosophique.
Aussi connu sous le nom de kadō (la voie des fleurs), l’Ikebana allie tradition japonaise et modernité afin de toucher de manière intemporelle les yeux, le coeur et l’âme. Quelle est donc la philosophie de l’Ikebana ? Que nous apprend cet art floral japonais qui a traversé plusieurs siècles ? Avant toute chose, découvrons l’Histoire et les principes de l’Ikebana.

Qu’est-ce que l’Ikebana ?

L’Ikebana vient des mots japonais ikeru (donner vie) et hana (fleurs). Il symbolise donc “l’art de donner vie aux fleurs”. Cet arrangement floral typique du Japon a pour objectif de redonner vie aux fleurs qui ont été cueillies, en respectant une technique bien définie.

L’Histoire de l’Ikebana

L’art floral est une pratique artistique qui trouve son fondement au VIIe siècle au Japon, durant l’époque Heian. Il puise ses racines dans la religion bouddhiste, certainement sous l’influence de la Chine ou de la Corée. À l’origine, il s’agit d’un rituel pratiqué par les moines qui décoraient les autels des temples afin d’honorer Bouddha.

Un peu plus tard, au Xe siècle, la symbolique religieuse demeure et la pratique reste réservée à la noblesse, dont les samouraïs. Toutefois, le côté esthétique est davantage travaillé et les bouquets de fleurs se font plus volumineux. 

Progressivement, l’art floral perd sa signification religieuse mais conserve une place importante dans la tradition japonaise. Au XVe siècle, cette pratique artistique se démocratise grâce au tokonoma, un nouveau style d’architecture. Tous les habitants, quelles que soient leurs classes sociales, peuvent alors déposer leur création florale sous de petites alcôves dans leurs foyers.

L’Ikebana apparaît alors comme une pratique artistique bien codifiée. Le grand maître Senkai Ikenobô introduit des règles précises en la matière et crée la première école d’Ikebana à Kyoto en 1462. Celle-ci restera la plus emblématique de toutes, complétées par la suite par l’école Ohara et celle de Sogetsu au XIXe et XXe siècles. Encore aujourd’hui, l’école d’Ikebana Ikonobô reste une référence.

Au fil du temps, différents styles d’Ikebana se diffusent. Le bouquet est tout d’abord vertical : c’est le style tatebana (fleurs debout). Puis, au XVIe et au XVIIe siècles, l’Ikebana se popularise davantage et le style rikka (arrangement dressé) fait alors son apparition. À la fin du XVIIe siècle, l’art de la cérémonie du thé se développe et les décorations florales y trouvent leur place dans le décorum. Le style nageire ou chabana (jeter, mettre dedans) apparaît, permettant plus de liberté artistique.

Par la suite, dès le début du XXe siècle, l’occidentalisation de la société japonaise engendre un nouveau style d’Ikebana, plus moderne : le moribana. Celui-ci intègre notamment des fleurs occidentales dans sa composition et prend place sur un récipient plat. Les femmes ont enfin accès à cet art floral ancestral qu’elles apprennent à l’école afin de se préparer à leur rôle d’épouse.

De nos jours, l’Ikebana est considéré comme l’un des trois arts traditionnels majeurs au Japon, avec la cérémonie du thé et le kōdō. La technique et les principes de cet art millénaire continuent d’être honorés à différentes occasions, notamment lors de cérémonies ou de fêtes. Si vous vous rendez au Japon, vous pourrez admirer ces oeuvres florales japonaises dans les temples, les pavillons où se déroulent les cérémonies du thé ou encore les espaces collectifs. 

Les principes de l’Ikebana

Quelle que soit l’école qui pratique l’Ikebana (il en existe plusieurs centaines au Japon !) et son style, des caractéristiques communes demeurent. Si en Occident les bouquets de fleurs doivent jouer sur la quantité et les couleurs, les japonais valorisent tout aussi bien les fleurs que le reste des éléments dans la composition florale.

Les branches, les feuilles, les tiges et même le vase jouent ainsi un rôle essentiel. D’ailleurs, les japonais font une différence entre un vase classique (kabin) et celui réservé à l’Ikebana, le kaki. Leur fabrication nécessite le savoir-faire d’un artisan spécialisé.

L’oeuvre florale doit être avant tout minimaliste afin de symboliser l’équilibre et l’harmonie. L’exécution est minutieuse et nécessite de savoir comment fixer et positionner chaque élément du bouquet dans son récipient, au delà de sa créativité personnelle. Encore une fois, ce n’est pas la beauté de l’agencement floral qui importe mais ce qu’il incarne à travers l’utilisation et la disposition de la matière végétale.

L’arrangement paraît simple et naturel mais résulte d’une grande maîtrise. La confection de l’Ikebana est ainsi régie par des règles strictes : l’ordre de la composition, les proportions du bouquet ou encore le choix des fleurs selon le hanakotoba (langage des fleurs) ne sont pas laissés au hasard.

Enfin, l’Ikebana est une discipline artistique qui doit se réaliser dans le silence et la sérénité. Elle demande de la patience et du calme, des qualités indispensables pour composer avec rigueur son bouquet. 

Dessin représentant une composition florale

La philosophie de l’Ikebana : un hommage au minimalisme et à la nature

Au même titre que d’autres arts traditionnels japonais tels que le haïku ou le kintsugi, l’Ikebana repose sur un principe philosophique particulier. Ainsi, le kadō constitue plus qu’un loisir ou qu’une simple décoration florale. C’est un véritable art de vivre en hommage au dépouillement et à la nature. Sa maîtrise permettrait de dépasser un état contemplatif et d’atteindre l’éveil spirituel.

L’Ikebana, une communion entre l’Homme et la nature

L’art floral japonais repose sur trois dimensions :

  • l’asymétrie ;
  • le vide ;
  • la profondeur.

Ces piliers symbolisent le ciel (shu, le point culminant de l’arrangement), la terre (kyaku, le bas de la composition) et l’Homme (fuku, un élément au centre du décor). Il s’agit d’une représentation de l’univers, où l’être humain se place comme intermédiaire entre la spiritualité (le ciel) et la réalité terrestre.

C’est pour cette raison que l’arrangement floral doit viser l’équilibre et l’harmonie. L’Ikebana n’a pas uniquement une valeur esthétique mais bel et bien une signification philosophique et un objectif spirituel. Sa confection doit se faire en lien avec l’espace (l’environnement d’où proviennent les éléments de la sculpture florale) et le temps (l’époque à laquelle elle a été confectionnée). 

Depuis toujours, les japonais ont un respect infini pour la nature. Les plantes et les arbres symbolisent une passerelle entre les êtres humains et les esprits supérieurs. L’Ikebana peut de ce fait être considéré comme une dévotion spirituelle à la nature. Pour la comprendre et lui rendre hommage, il faut l’observer avec attention et chercher à la représenter de la manière la plus épurée qui soit. Or, la nature est imparfaite. C’est pourquoi l’Ikebana s’évertue à symboliser cette imperfection en valorisant l’asymétrie et le vide dans la composition du bouquet. C’est ce qui lui apporte du mouvement et qui lui redonne vie.

Afin de symboliser le cycle de la vie et son côté éphémère, les compositions florales japonaises doivent évoluer au fil de l’année. Les fleurs qui composent le bouquet sont toujours de saison. En outre, l’arrangement floral inclut des végétaux à différentes étapes de leur développement. Il peut s’agir de fleurs tout à fait écloses, de bourgeons, de graines ou à l’opposé de feuilles mortes. Au fil des jours le bouquet évolue, reflétant ainsi l’importance du temps qui passe.

La philosophie de l’Ikebana : un expression artistique sur la voie du zen

L’Ikebana doit mener celui qui pratique cet art à un état d’esprit zen. En ce sens, il s’agit d’un moment de méditation créative. L’essence spirituelle de l’Ikebana repose sur la concentration et l’émotion provoquée par la beauté de la composition. C’est cet état de plénitude qui caractérise la philosophie de l’Ikebana. L’oeuvre doit refléter l’état d’âme de celui qui s’y adonne et enrichir son esprit.

L’Ikebana est également une ode à la sobriété. Les compositions florales japonaise se distinguent des bouquets occidentaux par leur minimalisme et par l’importance qui est laissé au vide. En Occident, il serait impensable de ne pas chercher à étoffer un bouquet avec plusieurs tiges et de nombreuses feuilles ! À l’inverse, au Japon, l’apprentissage de l’Ikebana suppose de créer une belle oeuvre à partir de ce “rien”.

La culture japonaise valorise de nombreuses valeurs comme la rigueur, le travail, la patience et la discipline. Ainsi, l’Ikebana fait appel à ces qualités humaines. Il a pour but d’éveiller la conscience personnelle face à la beauté de la nature mais aussi d’atteindre un éveil spirituel.

Cet éveil n’est possible qu’à l’issue de très nombreuses années d’entraînement et de pratique rigoureuse. L’Ikebana est l’art de redonner vie aux fleurs mais aussi l’apprentissage de la détermination et du dépassement de soi. De quoi transformer notre manière de vivre, notre état d’esprit et notre regard sur le quotidien. 

réaliser une composition florale

Synonyme d’harmonie, de sobriété, d’esthétisme et de rigueur, l’Ikebana est un pratique artistique qui demande de grandes qualités humaines. L’apprentissage et l’exercice régulier de cette tradition ancestrale en font d’ailleurs plus qu’un art : il s’agit d’une véritable philosophie en hommage à la nature. S’initier à l’Ikebana vous permettra alors de vous imprégner de cette philosophie et peut-être même d’atteindre l’éveil spirituel.

 Article rédigé par :

Amirah Vavoda, rédactrice web SEO

Crédits des images (libres de droits)

Photographie de couverture : Evie Shaffer from Pexels
Autres illustrations : Wikimedia Commons


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Author: JapArt

Steen est autrice, rédactrice web SEO et amoureuse des arts. Vivant à Tokyo elle espère faire découvrir aux français les multiples facettes et secrets de l'art nippon.

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