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Théâtre nô – Un art japonais ancestral expliqué

Le théâtre nô, même si vous êtes un grand fan du Japon et de sa culture traditionnelle, reste parfois un mystère absolu. Et pour cause ! Très ancien, très spécial et plein de symboles, cet art ancestral se perpétue depuis des siècles. Lorsque l’on assiste à une représentation d’une pièce de nô, il est possible d’être intrigué par les masques, par le jeu très lent ou encore par la sobriété du décor. De nombreuses significations intéressantes peuvent donc nous échapper. Peut-être aussi que vous avez déjà entendu parler du théâtre kabuki et que vous vous interrogez sur la différence qu’il y a entre les deux. Alors si vous le voulez bien, décortiquons ensemble un peu mieux ce qu’il faut savoir sur ce type de théâtre japonais, pour pouvoir l’aborder sous un nouveau jour. 

Le théâtre nô : qu’est-ce ?

Introduction simplifiée au théâtre nô

Le théâtre nô (qui peut également s’écrire noh) est une discipline théâtrale ancestrale au Japon. Ce type de théâtre date d’environ 600 ans. Il aurait été créé sous l’influence de deux autres disciplines artistiques d’origine : 

  • le dengaku, « musique de rizière » : une musique liée à des danses rustiques pratiquées lors du repiquage du riz ;
  • le sarugaku ou sangaku, « la danse du singe » : une forme de spectacle d’acrobaties sur fond de tambours taiko.

Subtil mélange de jeux de mimes, de danses et de vers déclamés à la seule force de la voix, le nô reste donc assez énigmatique et mystérieux aux yeux d’une audience contemporaine, même pour les Japonais. Les Occidentaux aiment le comparer à une forme d’opéra dramatique. C’est finalement un art japonais unique en son genre. 

Pourquoi ? Parce qu’il a su garder, à peu de choses près, sa forme d’origine et n’est pas influencé par le monde moderne. Le répertoire des pièces n’a pas bougé depuis la fin du XVIe siècle. Oui, cela signifie que les pièces jouées aujourd’hui sont exactement les mêmes qu’à l’époque et sont jouées de la même manière. 

Très codifié, un spectacle complet dure en moyenne entre 8 et 10 heures. On parle d’une journée de nô, qui est en réalité composée de plusieurs pièces entrecoupées de scènes de kyogen. Le kyogen est un courant du nô plus proche de la comédie, dont les scènes sont plutôt comiques. Elles ont pour objectif de venir rompre l’intensité dramatique et apporter un temps de respiration émotionnelle au public.

Ces journées avaient lieu dans des sanctuaires lors de fêtes religieuses. Elles pouvaient aussi être données en l’honneur de castes nobles telles que les daimyo et les samurai. Aujourd’hui, elles sont encore visibles dans des cadres assez spécifiques. Comme nous allons le voir plus loin, la spécificité de la scène laisse peu de place à l’improvisation. 

Un tori, symbole souvent utilisé dans les représentation de théâtre No

Déroulement

Un cœur entre et vient s’installer. Ces instrumentistes sont généralement habillés très sobrement, pour provoquer un contraste avec les comédiens. Ces derniers, quant à eux, sont vêtus de costumes très volumineux et opulents. Ils portent également des masques en bois peint. Tous les déplacements sont très calculés, car l’amplitude de mouvements est difficile et le champ de vision rétréci. Il en va de même pour la gestuelle qui se doit d’être très précise.

Quand le personnage principal fait son entrée, il revêt presque toujours les traits d’un fantôme. Ce premier personnage shite (celui qui fera les actions) va entrer en contact avec un waki (un personnage secondaire). Ce dernier sera bien souvent un moine, qui pourra suivre le shite dans son histoire de manière passive ou exorciser des démons croisés sur la route.

Les pièces de théâtre nô sont découpées selon plusieurs catégories. L’okina ou kamiuta fait office d’introduction et met en scène un jeune homme avec deux anciens. Cette pièce se rapproche d’un rituel shintoïste. Ensuite, une pièce de chacune des catégories suivantes sera jouée : nô des dieux, nô des guerriers, nô des femmes, nô variés, nô des démons. Les nô variés font bien souvent référence à des nô du monde réel ou « d’apparition ». Comme vous le voyez, les pièces de nô sont très millimétrées, voire ritualisées. 

Il s’agit en général de retransmettre au public des faits marquants vécus par des défunts ou des héros. Ces pièces pouvaient être écrites pour rendre hommage à la mémoire d’un grand guerrier, ou bien pour transmettre une réflexion sur la vie et la mort au public.

Dans tous les cas, le nô va provoquer des émotions pour son public en jouant sur deux pans principaux : 

  • une rythmique singulière et résonnante ;
  • des chants et des danses qui montent en intensité.

Différences entre théâtre nô et kabuki

Beaucoup se demandent quelle est la différence entre le théâtre nô et le théâtre kabuki ; c’est peut-être également votre cas. On entend parler un peu plus souvent du kabuki, qui est plus populaire et plus accessible.

Le théâtre kabuki est apparu au XVIIe siècle. Il reste traditionnel et détient ses propres codes. Tout comme le nô, il est joué exclusivement par des hommes, même si à l’origine les troupes étaient mixtes. On y retrouve des costumes parfois assez travaillés, voire fastueux, ainsi que des chants et des instruments. 

Cependant, il y a des différences notoires. Certaines pratiques de jeu diffèrent. On peut parler par exemple d’une pratique appelée mie : l’acteur prend des poses bien campées et exagérées pour donner une certaine impression de son personnage au public. Les comédiens, plutôt que de porter des masques, arborent des maquillages colorés et très élaborés.

Mais l’un des points les plus importants de ce type de théâtre réside dans la technicité, au service de la mise en scène. Kabuki signifie littéralement : 

  • « ka » : chant ;
  • « bu » : danse ;
  • « ki » : habileté technique.

Les planches de kabuki peuvent donc être équipées de trappes et autres stratagèmes pour les entrées / sorties des acteurs et les effets de mise en scène. Cela diverge grandement de la scène très simpliste utilisée pour le théâtre nô. D’ailleurs, on constatera qu’il y a beaucoup plus d’acteurs présents sur scène pour une pièce de kabuki. Ce théâtre est plus vivant et épique ; il correspond un peu plus à notre vision moderne du théâtre que le nô. 

Les différents éléments d’une scène de nô

La scène

Les scènes du théâtre nô sont un peu spéciales. À l’origine, elles étaient situées à l’extérieur, dans l’enceinte des sanctuaires. De nos jours, lorsqu’elles sont en intérieur, leurs grands principes ont tout de même été conservés. La scène est entourée de petits galets blancs pour refléter la lumière. 

Les artistes entrent par une sorte de pont qui longe le public côté jardin, appelé hashigakari. Il mène jusqu’à la scène principale. Ce pont représente le passage entre le monde des morts et le monde des vivants. Trois jeunes pins sont placés le long de ce pont. Ils vont du plus petit (au fond) au plus grand (devant), ce qui provoque une illusion d’optique et donne l’impression que le personnage vient de très loin.

Les costumes

Les costumes des personnages définissent, tout comme leurs masques, le type de personnage qui est en train d’être joué. Ils se composent généralement de plusieurs éléments : un grand kimono, un pantalon, ainsi que des chaussons qui permettent d’atténuer les bruits de pas sur le plancher. 

Le décor d’une scène de nô est presque inexistant, car les descriptions des lieux sont bien souvent faites à l’oral. Certains accessoires peuvent tout de même accompagner le jeu d’acteur : 

  • un éventail de danse assorti à la tenue de celui qui le porte ;
  • des armes telles que des sabres ou des arcs pour les guerriers ;
  • une perche en bambou pour faire office de rame, etc.

Les masques du théâtre nô

Le masque est peut-être l’élément le plus important pour un protagoniste dans des scènes de nô. Ces masques en bois sont sculptés, peints et pour la plupart fabriqués en une seule pièce. Lorsqu’un comédien enfile l’un de ces masques, on dit qu’il abandonne son propre être pour incarner réellement le personnage. 

masque d'acteur de théâtre No

On pourrait croire que le fait que les comédiens soient masqués enlève tout de leur jeu. Mais il n’en est rien. Il faut en effet de nombreuses années de pratique pour arriver à rendre un masque expressif. Cela peut se faire en jouant avec les lumières et l’intensité musicale. Tout se cache donc dans une gestuelle parfaitement maîtrisée et une étude approfondie de cet accessoire. 

De plus, rappelons-le : les comédiens masqués ne voient quasiment rien. Ils disposent uniquement de deux petites fentes pour se repérer vis-à-vis des piliers qui encadrent la scène. Ils doivent donc longuement s’entraîner et parfois même aller jusqu’à compter leurs pas pour obtenir le mouvement de scène recherché et compenser de potentielles maladresses.

Les masques peuvent représenter les rôles suivants : femme, guerrier, vieillard, démon, divinité. Vous êtes probablement en train de vous dire que cela reste vague, mais c’est assez volontaire. Le nô reste souvent dans le symbole, laissant ainsi une grande liberté d’interprétation aux spectateurs. 

Les instruments et les chœurs

Le chant d’une pièce est clamé par le personnage principal, le shite. Néanmoins, les chœurs peuvent prendre le relai pour décrire des paysages. Ils peuvent aussi intervenir lorsque le shite danse. Ils sont parfois accompagnés d’instruments : flûte, tambours de différentes sortes. Le tout est dirigé par un chef qui fait partie intégrante du chœur. Les voix peuvent aussi servir à accentuer une rythmique avec des interjections vocales. 


Voilà ! À l’aide de ce tour d’horizon, vous détenez des explications plus fournies sur le théâtre japonais. Ainsi, l’art s’exprime à travers de nombreux pans du théâtre nô de façon raffinée : les symboles, les textes, les chants, les danses, le jeu d’acteur, les instruments, la construction scénique, les masques, les costumes… Mais également dans le fait même de perpétuer cet art de la manière la plus exacte possible depuis plus de 6 siècles. Souhaitez-vous en savoir plus sur un autre art ancestral japonais ? Partez dès maintenant à la rencontre de l’ikebana.

Rédigé par : 
Béatrice Schirvel, rédactrice web SEO freelance
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Author: JapArt

Steen est autrice, rédactrice web SEO et amoureuse des arts. Vivant à Tokyo elle espère faire découvrir aux français les multiples facettes et secrets de l'art nippon.

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